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Hôtel Savaron

Hôtel Savaron

3 rue des Chaussetiers, Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Savaron, érigé en 1513, demeure un témoignage éloquent de la persistance du gothique flamboyant en Auvergne, à l'aube d'un siècle pourtant déjà épris des grâces renaissantes. Situé rue des Chaussetiers, il incarne cette dichotomie, présentant l'austérité pragmatique de sa façade urbaine et l'éclat décoratif d'une cour intérieure, sanctuaire de l'ostentation discrète. Hugues Savaron, conseiller du roi et marchand drapier avisé, puis son épouse Françoise Terrisse, y firent inscrire, avec une certaine modestie, leurs initiales HTSF et la date de construction, dissimulées parmi les motifs végétaux d'une frise de la galerie. Ce geste est caractéristique d'une bourgeoisie d'affaires aspirant à la noblesse, érigeant une demeure qui serait à la fois instrument de leur commerce et emblème de leur ascension sociale et politique. Les locaux voûtés au rez-de-chaussée rappellent ainsi l'origine de la fortune, avant même que les étages supérieurs ne déploient les signes d'une ambition plus élevée. L'agencement, suivant le parcellaire rectangulaire si commun aux tissus urbains médiévaux, juxtapose deux corps de logis reliés par des galeries superposées. C'est un schéma classique, mais dont l'exécution ici révèle la finesse d'un artisanat local ancré dans la tradition. Au cœur de cette composition, la tourelle abritant l'escalier à vis se dresse comme un pivot fonctionnel et ornemental. Sa porte, remarquable à plus d'un titre, est un condensé de ce gothique flamboyant méridional qui, bien que fidèle aux canons de l'époque, commence à intégrer des éléments plus novateurs. Son linteau ogival est orné de trois figures d'hommes sauvages, créatures mythiques popularisées par les récits des Amériques nouvellement découvertes – une touche d'exotisme qui s'invite dans un répertoire iconographique encore profondément médiéval. Ces figures, coiffées d'un heaume et flanquées d'un écu armorié de la famille Savaron, furent malheureusement martelées lors des fureurs révolutionnaires, témoignant des aléas de l'histoire et des iconoclasmes successifs. L'ensemble de la tourelle déploie un vocabulaire architectural précis : des chambranles aux moulures prismatiques, un gâble en accolade sommé de pinacles, ornés de crochets et de feuilles de chou sculptées avec une délicatesse qui ne manque pas d'une certaine virtuosité. La voûte à clés pendantes des galeries, quant à elle, ajoute une note de virtuosité stéréotomique, défiant la gravité par sa suspension délicate. L'Hôtel Savaron ne fut pas seulement une résidence, mais le berceau d'une lignée qui marqua Clermont : le petit-fils d'Hugues, Jean Savaron, magistrat et historien, joua un rôle non négligeable lors des États généraux de 1614, ancrant durablement la famille dans l'histoire politique locale et nationale. Classé monument historique en 1927, cet édifice demeure une pièce maîtresse, non pas tant par une audace formelle révolutionnaire, mais par sa capacité à maintenir une tradition tout en l'infusant de subtiles réminiscences de son temps.