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Immeubles situéssquare de l'Opéra-Louis-Jouvet

Immeubles situéssquare de l'Opéra-Louis-Jouvet

1, 3, 5, 6 square de l'Opéra-Louis-Jouvet 5, 7, 9 rue Boudreau 22, 24 rue de Caumartin, Paris 9e

L'Envolée de l'Architecte

Ce n'est pas sans une certaine ironie que l'on observe la métamorphose de l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le square de l'Opéra-Louis-Jouvet. Jadis siège de l'extravagant Eden-Théâtre, temple du divertissement populaire à grande échelle, ce terrain fut, à la fin du XIXe siècle, l'objet d'une reconversion symptomatique des ambitions bourgeoises et financières de l'époque. En 1896, le Crédit foncier, institution dont l'empreinte sur le tissu parisien n'est plus à démontrer, y édifia un ensemble d'immeubles. Il s'agissait moins d'une œuvre architecturale novatrice que d'un manifeste de l'investissement immobilier judicieux, habillé de l'esthétique haussmannienne alors solidement établie, quoique déjà sur le déclin. Cet ensemble, situé aux numéros 1, 3, 5 et 6, fut d'ailleurs inscrit aux Monuments Historiques en 2005, consécration tardive pour ce qui fut avant tout une spéculation foncière réussie. Le concept même de « square », voie privée qui plus est, confère à l'endroit une dimension semi-exclusive, une sorte de salon urbain destiné à une clientèle aisée, distincte de l'agitation des grands boulevards. L'architecture des immeubles reflète cette aspiration à la respectabilité et à la permanence : des façades en pierre de taille, noblesse des matériaux et de la facture, rythmées par des alignements de fenêtres et des balcons filants qui confèrent une lecture homogène à l'ensemble. On y discerne l'application rigoureuse des canons de l'académisme, où l'ornementation classique vient souligner la structure sans jamais l'éclipser. La dialectique entre le plein et le vide s'y exprime avec une régularité rassurante, offrant des surfaces généreuses à la pierre tout en ménageant de vastes percements pour la lumière, si précieuse dans l'habitat parisien. L'esprit du lieu est également nourri par des éléments culturels savamment distillés. La sculpture d'Alexandre Falguière, « Le Poète chevauchant Pégase », apporte une touche d'allégorie classique, une note de lyrisme destinée à élever l'âme au-dessus des contingences mercantiles. Cette présence artistique s'inscrit dans la tradition des places et jardins parisiens où l'art monumental dialogue avec l'architecture. La proximité de l'Opéra Garnier confère d'ailleurs à ce square sa première identité nominale, avant que n'y soit ajoutée, en 1955, la mémoire de Louis Jouvet, directeur du Théâtre de l'Athénée, dont l'accès principal se trouve précisément ici. Cette adjonction nomme désormais le lieu d'après un homme de théâtre, conférant ainsi une légitimité culturelle à une opération immobilière d'envergure. C'est là toute l'habileté de l'urbanisme parisien : concilier l'impératif financier avec l'aspiration à la grandeur esthétique et culturelle, transformant un espace de divertissement populaire en un écrin discret pour une bourgeoisie raffinée et ses institutions artistiques.