7 impasse Marie-Blanche, Paris 18e
L'impasse Marie-Blanche, à l'ombre de Montmartre, recèle un édifice dont la singulière histoire défie les taxonomies architecturales conventionnelles, un palimpseste où s'entremêlent les fantaisies d'une érudition romanesque et la pragmatique quête d'un antiquaire. Avant d'être la Maison Eymonaud que l'on observe aujourd'hui, le site fut le théâtre d'une première incarnation remarquable : l'Hôtel de L'Escalopier, érigé en 1835 pour le comte Charles de L'Escalopier. Ce dernier, historien, bibliophile et membre éminent de sociétés d'antiquaires, fit construire, au cœur d'une campagne parisienne alors en devenir, une résidence d'un pittoresque style Troubadour. La lithographie de Cadolle, datant de 1836, révèle une façade orientale flanquée d'une tourelle crénelée et d'un avant-corps carré couronné d'une terrasse et d'un balcon, l'ensemble richement orné de motifs sculptés. Cet engouement pour un passé idéalisé ne se cantonnait pas à l'enveloppe : l'intérieur abritait une vaste serre d'inspiration dix-huitiémiste, chauffée à la vapeur pour des plantes exotiques, puis convertie en une bibliothèque de près de 5 000 volumes et un petit musée d'orfèvrerie médiévale. L'Escalopier, par son rôle de conservateur à la bibliothèque de l'Arsenal sous la direction de l'emblématique Charles Nodier, s'inscrivait pleinement dans le cénacle romantique où l'étude de l'ancien se mêlait à une certaine mélancolie. Cet hôtel, concentré d'érudition et de curiosités, fut pourtant éphémère. Après le départ du comte en 1859 et son décès en 1861, l'édifice fut vendu et détruit en 1882, ses collections léguées à Amiens. Ironie du destin, son successeur, l'antiquaire Ernest Eymonaud, aurait racheté certaines de ses sculptures pour les intégrer à sa propre demeure. Cette pratique du réemploi et du pastiche donne tout son sens à la Maison Eymonaud, construite entre 1892 et 1897 par l'architecte Joseph de Guirard de Montarnal. Loin d'une modernité ostentatoire, Montarnal livra un édifice néo-gothique qui, par sa tour de deux étages et ses éléments décoratifs, résonnait avec la profession de son commanditaire. Eymonaud, antiquaire et créateur de copies de meubles anciens, trouvait dans cette architecture un écrin et un prolongement à son activité. La maison ne fut pas figée dans son état initial : un allongement vers l'ouest en 1900, puis l'ajout d'une aile en retour aux éléments en pans de bois en 1910, qui abritait son atelier « À l'art ancien », témoignent d'une constante adaptation fonctionnelle et stylistique. L'ensemble, avec son décor hétéroclite, sa tour pittoresque et ses incorporations d'éléments prétendument anciens, constitue une sorte de manifeste personnel, un hommage décalé à l'érudition d'un passé recomposé. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1995, la Maison Eymonaud n'est peut-être pas une œuvre canonique de son temps, mais elle est une curiosité architecturale précieuse, une sorte de collage post-romantique qui reflète avec candeur la sensibilité de son propriétaire pour un art ancien, qu'il s'agisse de restaurer, de copier ou de réinterpréter.