Cimetière de l'Est, Lille
La chapelle de la famille Gonnet, sise dans l'ordonnancement rigoureux du cimetière de l'Est à Lille, est un témoignage architectural de l'ambition funéraire de la bourgeoisie du Second Empire. Érigée en 1858 sur commande de Madame Gonnet, cette édification par l'architecte Charles Leroy est une réponse typique à la quête d'une permanence mémorielle, dont la taille, prévue pour quarante sépultures, atteste de la vision dynastique des commanditaires. Leroy, architecte lillois fécond et pragmatique, dont l'œuvre embrasse nombre de constructions civiles et religieuses, a ici opté pour l'esthétique néogothique. Ce choix, loin d'être anodin à une époque où les styles historiques connaissaient un renouveau académique, confère à l'ensemble une gravité et une solennité jugées aptes à la destination ultime du lieu. La chapelle, d'une construction en pierre sobre, se développe sur deux travées, une mesure qui, sans ostentation excessive, affirme une présence certaine dans le paysage cimétérial. Le style néogothique y est appliqué avec une certaine orthodoxie, perceptible dans l'élévation et le traitement des ouvertures, même si l'audace structurelle des cathédrales médiévales est ici sagement contenue dans une volumétrie plus intime. L'intérêt se porte notamment sur l'éclairage intérieur, assuré par des vitraux dont la conception fut confiée à Adolphe Napoléon Didron. Ce dernier, figure éminente de la restauration des monuments et fervent promoteur du verre peint médiéval, a su insuffler à ces verrières, figurant les saints patrons de la famille Gonnet, une authenticité stylistique qui élève la qualité artistique de l'édifice au-delà d'une simple reprise formelle. Ses créations étaient alors très prisées pour leur fidélité aux modèles anciens, conférant une aura de piété et de tradition. Les éléments sculptés, œuvre de Charles Saint-Aubert, beau-frère de l'architecte, s'inscrivent également dans cette veine historiciste, apportant des ornements délicats qui enrichissent la parure lapidaire sans l'alourdir. L'intégration de la sculpture par un proche de Leroy illustre d'ailleurs les réseaux professionnels et familiaux qui structuraient alors le monde de la construction. La chapelle Gonnet, bien qu'elle n'ait pas révolutionné l'art architectural de son temps, constitue un spécimen représentatif de son époque. Elle incarne la persistance d'une tradition architecturale face aux innovations techniques et esthétiques qui commençaient à poindre, se posant comme un refuge stylistique au sein d'un siècle en pleine mutation. Son inscription au titre des monuments historiques en 2006 valide sa valeur patrimoniale, non pour une singularité flamboyante, mais pour sa capacité à témoigner avec éloquence des pratiques architecturales et des sensibilités funéraires d'une époque révolue.