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Porte de Bourgogne

Porte de Bourgogne

place Bir-Hakeim cours Victor-Hugo, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

La Porte de Bourgogne, jadis nommée des Salinières, s'inscrit dans la vaste entreprise de modernisation urbaine orchestrée par l'intendant Tourny au XVIIIe siècle, une transformation radicale des remparts médiévaux en ceintures arborées ponctuées de portes monumentales. Elle ne marque pas tant une entrée qu'une affirmation de la cité nouvelle, une façade classique érigée à l'extrémité des anciens fossés, sur l'axe structurant de l'ancienne route de Paris. Sa dédicace au Duc de Bourgogne en 1757, et son éphémère appellation de Porte Napoléon en 1808, soulignent l'instrumentalisation politique inhérente à ces marqueurs urbains. La conception, attribuée à André Portier sous la supervision attentive d'Ange-Jacques Gabriel entre 1750 et 1755, s'inspire du vocabulaire des arcs de triomphe romains. Elle offre une composition d'une sobriété étudiée, où deux colonnes d'ordre dorique, puissantes et dénuées d'ornementation excessive, se détachent d'un parement mural pour soutenir un entablement conséquent. Cette retenue, cette absence d'armoiries royales ou de trophées d'armes, fut officiellement justifiée par des impératifs de solidité structurelle, une explication qui, sans doute, concordait fort opportunément avec le goût pour une certaine austérité néo-classique alors en vogue, ou tout au moins avec une pragmatique gestion des coûts. Initialement flanquée de deux portes latérales plus modestes, qui s'intégraient aux façades uniformes de la place, ces éléments furent démantelés dès 1807, modifiant ainsi l'équilibre visuel initialement envisagé par Tourny pour son ensemble en demi-lune. L'élévation du quai devant le monument lors de l'édification du Pont de Pierre eut pour effet, sinon de l'ensevelir, du moins de l'encaisser, altérant la perception de ses proportions et réduisant l'effet majestueux de son socle. Aujourd'hui, l'omniprésence du trafic routier et le ballet des tramways transforment cette ancienne porte d'apparat en un îlot visuel, un repère isolé au sein d'un flux ininterrompu, témoignage figé d'une ambition urbaine que la modernité des mobilités a parfois reléguée au rang de simple décor. Elle demeure, néanmoins, une pièce maîtresse dans l'ordonnancement bordelais du siècle des Lumières, rappelant la quête d'une grandeur mesurée et d'une régularité urbaine. Classée monument historique, elle continue d'offrir sa silhouette rigoureuse aux regards, discrètement mais fermement ancrée dans l'histoire de la ville.