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Hôtel de Franquetot

Hôtel de Franquetot

7 rue du Moulinet, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

L'art de l'hôtel particulier, à Rouen, se manifeste souvent avec une certaine discrétion, comme en témoigne cet édifice sis rue du Moulinet, jadis possession de la famille de Franquetot. Loin des démonstrations ostentatoires, il incarne une élégance mesurée, caractéristique d'une époque où l'ordre et la proportion primaient. Sa façade sur rue, sobrement ordonnancée, présente les traits d'une architecture classique provinciale. La pierre de taille y dialogue avec des modénatures discrètes, et l'œil exercé y discerne les subtils jeux d'aplomb et de ressaut qui animent le mur sans rompre l'équilibre général. Les percements, qu'il s'agisse des fenêtres ou de la porte cochère, sont régulièrement espacés, conférant une rigueur bienvenue à l'ensemble. On imagine aisément l'entrée majestueuse, non par une grandiloquence des formes, mais par la seule autorité des proportions. La toiture, dont la classification comme monument historique en 1990 souligne l'importance, devait se déployer en ardoise, offrant ses pentes aiguës et ses lucarnes à l'œil averti, couronnant l'édifice avec une dignité certaine. Comme nombre de ses pairs rouennais, cet hôtel adoptait sans doute le plan traditionnel entre cour et jardin. Le visiteur, après avoir franchi le portail, découvrait la cour d'honneur, espace de représentation et de transition, ménageant une respiration avant d'atteindre le corps de logis principal. C'est dans cette savante distribution des volumes que résidait l'ingéniosité des architectes de l'époque, parvenant à concilier les exigences d'une vie sociale active et le besoin d'intimité des appartements privés. Les matériaux employés, choisis pour leur pérennité et leur esthétique, reflètent sans aucun doute les compromis financiers et les goûts du commanditaire, attestant d'une certaine aisance sans verser dans le faste excessif, une caractéristique de la noblesse de robe ou de la haute bourgeoisie parlementaire rouennaise. La famille de Franquetot, lignée sans doute d'importance locale, a manifesté à travers cette demeure son assise et son aspiration à une certaine pérennité. L'édifice, épargné par les vicissitudes urbaines, se distingue aujourd'hui par la reconnaissance tardive de son intérêt patrimonial. Cette classification témoigne d'une redécouverte des trésors discrets ou d'une conscience accrue des ensembles urbains cohérents. Il est d'ailleurs probable que cet hôtel ait connu, comme beaucoup, des transformations intérieures au fil des siècles, adaptant ses salons aux modes successives, dissimulant sous des couches d'ornements plus récents les décors originels, destin commun de ces vénérables demeures. On ne peut que spéculer sur l'architecte qui a présidé à sa conception, tant les archives sont parfois laconiques pour ces édifices dits 'mineurs' mais non moins essentiels à la physionomie d'une ville. L'ouvrage de Chaline, référencé avec juste raison, offre d'ailleurs un éclairage précieux sur cette typologie, aidant à restituer la pleine valeur de ces architectures du quotidien de l'élite.