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Hôtel de ville

Hôtel de ville

Place de l'Hôtel-de-Ville, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de ville de Tours, érigé par Victor Laloux entre 1896 et 1904, se présente d'emblée comme une affirmation. Sa masse monumentale, jugée par certains avec quelque justesse démesurément grande face à la place Jean-Jaurès et au palais de Justice, trahit une volonté de puissance républicaine, une grandeur empruntée aux fastes parisiens, comme si la cité tourangelle devait soudain rivaliser avec la capitale. Ce gigantisme n'est pas fortuit, il s'inscrit dans cette lignée d'édifices civiques de la Troisième République, où l'architecture se faisait instrument de pédagogie et de prestige, à l'instar d'autres réalisations de Laloux, telle la Gare d'Orsay, devenue aujourd'hui le Musée d'Orsay.La façade, richement ornée, constitue un véritable programme iconographique. Quatre atlantes, œuvres de François Sicard, soutiennent l'entablement, tandis que les cariatides de Émile Joseph Nestor Carlier, figurant le Jour et la Nuit, encadrent l'horloge. Plus bas, Injalbert a modelé deux figures allongées incarnant la Loire et le Cher, une allusion topographique devenue un motif classique. Les ailes, quant à elles, sont le théâtre d'allégories chères à l'époque : le Courage et la Force à l'ouest par Jean-Baptiste Hugues, l'Éducation et la Vigilance à l'est par Alphonse Cordonnier. Il est à noter que la décoration, à elle seule, a absorbé un quart du coût total de l'ouvrage, avec une part non négligeable allouée à Henri Varenne, ce qui souligne l'importance accordée à cette rhétorique sculptée, presque une vitrine de la morale publique.L'intérieur n'est pas en reste. Le péristyle du rez-de-chaussée, tout en pierre, offre un espace d'exposition, un geste civique d'ouverture. L'escalier monumental, toujours en pierre, conduit aux étages supérieurs, non sans abriter une pièce dédiée au souvenir des morts, ajoutant une dimension commémorative à l'ensemble. Au premier étage, les salles des fêtes et des mariages déploient une profusion décorative attendue, tandis que la salle du conseil municipal est magnifiée par un triptyque de Jean-Paul Laurens sur la vie de Jeanne d'Arc, un sujet patriotique par excellence.Curieusement, le bâtiment connut une extension au XXe siècle, une nouvelle mairie érigée en arrière-plan et reliée à l'édifice originel par une passerelle. Cette solution, pragmatique sans doute, trahit l'évolution des besoins administratifs et l'incapacité, ou le manque de volonté, de reproduire l'échelle du chef-d'œuvre initial de Laloux. L'Hôtel de ville de Tours, avec son toit particulier, eut même l'honneur, ou l'ironie du sort, de servir de modèle pour la reconstruction de son homologue montréalais après l'incendie de 1922. Une postérité inattendue pour une œuvre qui, malgré sa grandiloquence, a su s'ancrer dans l'imaginaire urbain, non sans quelques arrangements avec la postérité.