avenue du Président-Kennedy, Paris 16e
La Maison de la Radio et de la Musique, que l'usage populaire a si prosaïquement baptisée la maison ronde, voire la poêle à frire, se dresse tel un manifeste circulaire le long de la Seine, œuvre emblématique d'Henry Bernard, inaugurée en 1963. Cette forme, audacieuse pour l'époque, traduisait une volonté de centralisation des services de la radiodiffusion et de la télévision publiques françaises, une sorte de cosmos médiatique autocentré. La couronne, mesurant quelque cinq cents mètres de circonférence, enserre une tour rectangulaire culminant à soixante-huit mètres, créant une dialectique entre l'horizontalité enveloppante et la verticalité signalétique. Ce dispositif n'est pas sans évoquer, par sa monumentalité et son ordonnancement, une certaine vision de l'institutionnalité, solide et pérenne. Le choix du site, autrefois occupé par une usine à gaz, puis un stade, fut l'objet de considérations pragmatiques, notamment l'impératif d'une certaine distance par rapport aux vibrations du métro, gage d'une pureté acoustique indispensable aux enregistrements. Une attention singulière fut portée aux matériaux, à l'instar de la bordure extérieure en comblanchien du grand hall, témoignant d'une recherche d'une certaine qualité pérenne. À l'intérieur, l'édifice est un écrin pour l'art contemporain de son temps, intégrant des œuvres de François Stahly, Louis Leygue, Georges Mathieu, Jean Bazaine, Pierre Soulages et Gustave Singier, révélant une ambition culturelle qui allait bien au-delà de la simple fonctionnalité technique. Ce paquebot de béton et de verre recelait, dès sa conception, des innovations remarquables, telle cette ingénieuse installation géothermique puisant l'eau du bassin de l'Albien à 27 degrés, astuce environnementale avant l'heure, servant au chauffage et, par un habile subterfuge, à la climatisation des studios. Détail plus singulier, mais révélateur du contexte géopolitique de la Guerre froide, la présence d'un abri anti-atomique. L'histoire du bâtiment est aussi celle des institutions qu'il a abritées : de la RTF à l'ORTF, puis à Radio France, il a traversé les mutations du paysage audiovisuel français avec une certaine placidité, malgré un incendie notable en 2014. L'épopée de sa réhabilitation, décidée en 2005 face à une vétusté structurelle alarmante, notamment en matière de sécurité incendie, illustre les aléas des grands projets d'État. Initialement budgétée à 240 millions d'euros pour six ans, elle a finalement culminé, après d'innombrables péripéties et un examen plutôt circonspect de la Cour des comptes, à 493 millions d'euros sur une quinzaine d'années. Un accroissement de près de cent pour cent de la facture initiale, ce qui n'est pas sans soulever quelques questions sur la maîtrise des coûts publics, mais a permis d'intégrer un auditorium de 1461 places et de moderniser ses équipements. Aujourd'hui inscrite aux monuments historiques, cette maison ronde demeure, malgré les critiques et les coûts, un monument architectural et un lieu de création sonore majeur, dont un fragment du mur de Berlin dans ses jardins nous rappelle les échos de l'histoire du vingtième siècle, tandis que l'orgue de l'Auditorium, colosse de 30 tonnes et 5320 tuyaux, en prolonge la grandeur sonore.