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Manoir du Contades

Manoir du Contades

10, rue des Arquebusiers, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'on se penche sur le manoir du Contades, ou villa Osterloff, édifice dont la silhouette, sise au bord du parc éponyme à Strasbourg, fut esquissée entre 1901 et 1902 par l'architecte Albert Nadler. Il illustre, avec une certaine application, l'éclectisme historiciste alors en vogue, piochant sans retenue dans les répertoires formels du Moyen Âge et de la Renaissance. Une démarche somme toute courante pour l'époque, où l'affirmation d'un statut passait souvent par l'invocation d'une grandeur passée, quitte à en juxtaposer les symboles sans toujours en saisir l'essence profonde. Conçue pour Otto Gunderloch, un maître de carrière et tailleur de pierre strasbourgeois, l'édification bénéficia sans doute de sa connaissance intime de la matière. Les façades, la toiture et les terrasses, aujourd'hui protégées, témoignent d'une construction solide, aux matériaux choisis, une préoccupation louable mais attendue de la part d'un professionnel de la pierre. L'aspect robuste, presque défensif par endroits, avec ses éléments tirés de l'architecture castrale ou des hôtels particuliers de la Renaissance tardive, confère à la villa une gravité que l'on pourrait juger quelque peu affectée pour une résidence suburbaine. Cette fusion de références, qui pouvait parfois frôler l'amalgame, était caractéristique de l'architecture Wilhelminienne en Alsace-Lorraine, où l'on observait une quête d'identité architecturale à travers l'emprunt stylistique. Le Manoir, jadis l'une des dernières villas à borner le parc du Contades, se présente comme une sentinelle architecturale de cette période, témoin d'une prospérité bourgeoise qui cherchait à s'ancrer dans un paysage urbain en pleine mutation. L'agencement des volumes, entre tours, oriels et avancées, crée une composition pittoresque, non sans une certaine prétention à la monumentalité. L'articulation entre le plein et le vide s'opère par des ouvertures variées, tantôt serliennes, tantôt à meneaux, révélant une attention aux détails décoratifs plus qu'à une cohérence stylistique absolue. L'édifice a connu, comme tant d'autres, les vicissitudes des transmissions. Cédé en 1929 à l'architecte Waldemar Osterloff, il en adopta le nom pour un temps, effaçant la mémoire de son premier commanditaire. Plus récemment, en 2009, l'entrepreneur Joël Apolloni, en lui redonnant le nom plus évocateur de manoir du Contades et en engageant d'importants travaux de restauration, a cherché à restituer une certaine dignité à l'ensemble. Ces interventions, souvent délicates sur des édifices de cette nature, visent à prolonger la vie de ces témoins d'une époque révolue, garantissant la pérennité d'un certain imaginaire architectural. Il est amusant de constater que ces villas d'apparat, expression d'une réussite sociale, étaient souvent érigées avec une ostentation qui, pour le regard contemporain, semble parfois plus décorative que profondément expressive. Elles nous rappellent que le luxe et le confort du début du XXe siècle se manifestaient par une accumulation de formes empruntées, plutôt que par une invention radicale. Le Manoir du Contades, classé monument historique depuis 1985, conserve ainsi un intérêt certain, moins pour son audace stylistique que pour sa capacité à incarner un moment précis de l'histoire urbaine et architecturale de Strasbourg, celui d'une bourgeoisie assurée, désireuse de bâtir pour l'éternité, ou du moins pour quelques décennies.