32 rue de la Préfecture, Tours
L'histoire de la chapelle des Filles de l'Union Chrétienne, aujourd'hui Temple protestant de Tours, est une illustration singulière des aléas de la foi et de la fonction architecturale. Il s'agit moins d'une prouesse stylistique remarquable que d'un témoignage de résilience, une construction modeste dont le destin fut d'abord d'enfermer et de convertir, avant de devenir un sanctuaire pour ceux-là mêmes qu'elle devait rééduquer. La communauté réformée de Tours connut, il est vrai, une longue série d'adversités. Après un premier temple érigé à Luynes en 1564, faute de pouvoir le faire dans une ville épiscopale, et d'autres tentatives avortées, dont l'un près du château de Plessis-lèz-Tours, détruit lors d'une émeute en 1621, les protestants de la région furent longtemps contraints à une certaine clandestinité. Les troupes royales, après 1652, n'eurent de cesse de réprimer violemment la présence réformée, allant jusqu'à la destruction du temple de Saint-Pierre-des-Corps en 1685, un an avant la révocation de l'Édit de Nantes. C'est dans ce contexte de persécution que fut fondé, en 1676, le couvent des Sœurs de l'Union Chrétienne. L'édifice, sobre par nécessité et par vocation, est une architecture de l'enfermement et de l'endoctrinement, pensée pour la réclusion et la conversion forcée de femmes protestantes. Point d'exubérance baroque ni d'élan gothique, mais une fonctionnalité austère au service d'une mission de reconversion. L'acquisition de cette même chapelle en 1844 par la communauté protestante réformée, après des siècles de lutte pour l'existence et la reconnaissance, confère à ce lieu une ironie historique non dénuée d'une certaine grandeur. L'extérieur, intégré dans le tissu urbain du Vieux-Tours, ne trahit guère les drames passés. L'intérieur, dépouillé par l'usage réformé, est aujourd'hui un espace de recueillement, bien loin des cellules et des pratiques coercitives de ses premières années. On ne peut ignorer, en évoquant ce lieu de culte, le sort de figures telles que Catherine Mareschal, condamnée au bûcher, dont l'histoire n'est pas si éloignée de cette région, rappelant la violence des conflits confessionnels. L'orgue, instrument symbolique dans la liturgie protestante, a connu plusieurs incarnations, la plus récente, œuvre de Rémy Mahler, vibrant depuis 2007. Une continuité sonore qui masque une histoire des plus tumultueuses. Cet édifice, classé monument historique en 1992, demeure ainsi moins une icône architecturale qu'un monument à la persévérance, un lieu où la mémoire des contraintes passées se fond dans la liberté d'un culte retrouvé.