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Castel Val

Castel Val

4 rue des Meulières, Auvers-sur-Oise

L'Envolée de l'Architecte

Le Castel Val, cette résidence d'Auvers-sur-Oise, érigée par Hector Guimard entre 1903 et 1904 pour M. Chanut, offre une illustration éloquente de la singularité de l'Art nouveau, telle qu'interprétée par l'architecte. L'édifice, adossé avec une certaine évidence à la colline de Chaponval, déploie des courbes qui, par une association quasi littérale, évoquent la coquille d'un escargot. Une coïncidence amusante, si l'on en croit les rumeurs sur les préférences zoologiques de ses occupants d'alors, qui partageaient les lieux avec une guenon nommée Mademoiselle. Cette plasticité organique masque pourtant une rigueur structurelle, une symétrie sous-jacente que la fragmentation des volumes et la diversité des formes ne révèlent pas au premier coup d'œil. C'est une habile dissimulation, caractéristique de l'approche guimardienne, qui joue avec la perception. Guimard y déploie sa signature par l'association des matériaux, écho des principes déjà manifestes au Castel Henriette. Le fer forgé, la fonte, les briques aux teintes variées, le bois, la pierre meulière et la tuile plate régionale s'y côtoient dans une composition harmonieuse. On note avec un intérêt certain l'emploi d'une balustrade en ciment armé préfabriqué, ornée de médaillons de céramique émaillée, une technique déjà exploitée pour le couloir d'entrée du Castel Béranger. Ce détail, loin d'être anodin, témoigne d'une recherche constante et d'une intégration des techniques modernes au service de l'esthétique. À l'intérieur, l'agencement frôle le labyrinthe, avec une profusion de portes et de passages dérobés, offrant à chaque niveau un accès inattendu vers l'extérieur, la maison s'ouvrant sur le flanc de la colline. Le point focal demeure l'escalier, dont la double révolution opposée décrit une arabesque centrale, orchestrant un mouvement ascendant complexe et fluide. Cette chorégraphie spatiale confère au lieu une dimension presque théâtrale, invitant à une exploration constante. Il est pertinent de rappeler que Louis Chanut, commanditaire du Castel Val, n'était autre que le beau-frère de Léon Nozal, un industriel qui avait fait fortune dans la métallurgie. Cette fortune permit à Guimard de concevoir pour cette famille un ensemble d'œuvres diverses : un hôtel particulier parisien, une villa balnéaire à Cabourg, un monument funéraire et même une usine. Cette fidélité de mécénat fut pour Guimard une opportunité rare de développer une vision architecturale globale et cohérente, du petit objet au grand projet, du décoratif à l'industriel. Le nom même, Castel Val, résonne avec une certaine nostalgie, rappelant un ancien château de la vallée de Méran évoqué dans le Magasin pittoresque de 1837, une prémonition peut-être, de sa propre histoire. L'histoire récente de la maison fut plus mouvementée. Après une période de dégradation avancée, elle fut acquise en 1993, puis reprise par la famille Plescoff. Si les vitraux d'origine ont été scrupuleusement conservés, l'intégrité de l'ensemble a souffert de la dispersion de ses éléments. Une cheminée est aujourd'hui à Philadelphie, une partie du mobilier Art nouveau à Lyon, et un fauteuil a trouvé sa place au Musée d'Orsay. Cette dispersion, si elle témoigne de la valeur intrinsèque de chaque pièce, altère la cohérence originelle du geste architectural, transformant l'œuvre intégrale en une collection d'artefacts. Le Castel Val est ainsi devenu un exemple éloquent des défis posés par la préservation de ces maisons-œuvres, où chaque élément participe à un tout inséparable.