Ambleville
Le château d'Ambleville, sis dans le Vexin français, offre une réflexion intéressante sur la stratification des époques, où l'ambition de la Renaissance vient se plaquer sur une ossature médiévale. Ce n'est pas tant une création unitaire qu'une succession de volontés, un témoignage éloquent de la pérennité et de l'adaptation du bâti. Initialement forteresse féodale postée aux confins de l'Île-de-France, défendue par des douves, l'édifice connut sa première métamorphose significative au XVIe siècle. C'est sous l'impulsion de Louis de Mornay que l'architecte Jean Grappin intervint, non pas en démolissant, mais en apposant une façade ordonnancée, caractéristique de la Renaissance, sur l'élévation nord. Un geste de placage, somme toute, qui témoigne d'un désir d'actualisation sans pour autant renoncer entièrement au passé. Le donjon médiéval lui-même ne fut démantelé qu'au milieu du XVIIIe siècle, pour être remplacé par une aile plus conforme aux usages de l'époque. Le parcours du château à travers les siècles révèle une succession de propriétaires, chacun y laissant son empreinte. Une anecdote curieuse mentionne le séjour de Madame de Maintenon à Villarceaux, suggérant son passage probable à Ambleville, alors propriété d'un cousin de son protecteur Mornay. Mais c'est sans doute à la fin du XIXe siècle, avec l'acquisition par Charles Sedelmeyer en 1893, que le château connut une réinterprétation majeure. Marchand d'art de renom, Sedelmeyer entreprit une restauration à grands frais, intégrant un théâtre, des cheminées vénitiennes, et des balcons du XVIe siècle. Il parsema les jardins de statues italiennes, acquises lors de la vente de la Villa d'Este, bien que certaines aient depuis migré vers Villarceaux. Cette période fut celle d'une collection d'ampleur, dont la vente d'une partie à Drouot en 1907 fit événement. L'ambition de Sedelmeyer fut moins de restaurer à l'identique que de magnifier l'édifice par l'accumulation et le pastiche érudit, reflétant un goût certain pour le faste historique. Les intérieurs, ouverts à la visite, présentent une collection éclectique, fruit des différentes acquisitions et du raffinement des occupants successifs. On y découvre des cabinets en ébène attribués à Pierre Gole ou Jean Armand, témoignages de l'ébénisterie d'art du XVIIe siècle, côtoyant des tapisseries d'Audenarde et des sièges de style Louis XIII. Le Salon des cuirs, avec ses tentures dorées d'Avignon, offre une immersion dans un décor opulent et singulier. Cette richesse mobilière, allant du buste de Côme de Médicis d'après Cellini aux commodes Régence, compose un assemblage qui n'est pas sans une certaine grandiloquence, un mélange des genres où chaque pièce semble raconter une histoire distincte. Les jardins, quant à eux, constituent un chapitre à part entière de cette composition. Remaniés en 1928 par la marquise de Villefranche, ils puisent leur inspiration dans la Villa Gamberaia de Florence, offrant un exemple particulièrement achevé de jardin à l'italienne. L'organisation rigoureuse des parterres, les jeux d'eau et la statuaire évoquent une maîtrise savante de l'espace, cherchant à reproduire une esthétique classique. Ces jardins, labellisés, sont le fruit d'une reconstitution patiente entreprise par la famille Coutau-Bégarie depuis 2003, en collaboration avec les Monuments Historiques, prolongeant ainsi cette histoire de réinvention et de préservation du patrimoine. Ambleville n'est donc pas un monument figé, mais un organisme vivant, constamment remodelé par les regards et les volontés de ses gardiens successifs.