1 place Vendôme, Paris 1er
L'Hôtel Batailhe de Francès, ou d'Affry, s'inscrit d'abord dans la discipline monumentale de la Place Vendôme, une composition urbaine où la singularité architecturale cède le pas à l'harmonie d'un ensemble dicté par Jules Hardouin-Mansart. Sa façade, élément d'un ordre colossal uniforme, n'est pas une expression singulière mais une feuille de pierre dans un livre de plans, imposant à l'architecte Armand-Claude Mollet la tâche de concevoir, derrière cette rigidité apparente, les subtilités d'un hôtel particulier pour Pierre Perrin. C'est un exercice de dialectique entre le masque public et l'intimité domestique, où le jeu des volumes intérieurs devait trouver sa logique sans trahir l'enveloppe collective. L'ordonnancement des salons, la distribution des appartements, tout cela relevait d'une savante articulation des pleins et des vides, contrainte par une parcelle prédéfinie et une façade inamovible, œuvre d'un siècle précédent. L'édifice a traversé les époques avec une certaine plasticité fonctionnelle, passant des mains du receveur général des finances Batailhe de Francès à celles du général des gardes suisses d'Affry, pour finalement, non sans une certaine ironie post-révolutionnaire, abriter l'administration des domaines. Mais c'est avec l'acquisition par le restaurateur Jean-Marc Massinot, au XIXe siècle, que son destin prend un tournant résolument commercial. L'annexion du 358, rue Saint-Honoré, illustre cette pragmatique conversion, cet agrandissement méthodique en vue d'une rentabilité accrue. C'est là, d'ailleurs, que se noue une anecdote diplomatique peu commune : entre 1842 et 1843, la première ambassade de la jeune République du Texas y fut installée, marquant la reconnaissance française de cette entité éphémère, un épisode qu'une discrète inscription commémore encore aujourd'hui sur l'épiderme du bâtiment. La transformation en hôtel de luxe en 1858 signe l'acte de décès de son intériorité d'origine. Comme tant d'hôtels particuliers parisiens soumis à la pression foncière et à la mutation des modes de vie, ses décors sont alors systématiquement purgés, sacrifiés sur l'autel de la fonctionnalité hôtelière. Cette diaspora décorative, cette réhabilitation radicale, n'est rien moins qu'une refonte typologique : l'espace privé et sa hiérarchie de salons cèdent la place à une succession de chambres et suites standardisées. La création d'un entresol, l'aménagement d'une terrasse au cinquième étage, altèrent substantiellement les volumes et la perception originels. Aujourd'hui propriété d'une marque d'horlogerie, l'hôtel de Vendôme perpétue cette vocation commerciale. La protection au titre des Monuments Historiques, qui ne concerne que les façades et toitures, consacre cette dichotomie : l'enveloppe publique est sanctuarisée pour son apport à l'ensemble urbain, tandis que l'âme domestique, celle que Mollet avait jadis façonnée derrière le masque de Mansart, s'est perdue dans les méandres d'une adaptation aux impératifs économiques du luxe.