76 rue des Archives 19, 21 rue Pastourelle, Paris 3e
L'hôtel Le Pelletier de Souzy, au 76 de la rue des Archives, s'inscrit dans un ensemble plus vaste, érigé simultanément avec son voisin du numéro 74, comme s'il s'agissait d'une commande jumelle. Cette identité formelle témoigne d'une certaine rationalisation de l'édification urbaine au milieu du XVIIe siècle dans le Marais, où la spéculation foncière et la vélocité des constructions prévalaient parfois sur l'originalité singulière. L'ensemble, bâti entre 1642 et 1647 pour un Octavien Lebys de la Chapelle, alors secrétaire du roi – un titre dont la noblesse était proportionnelle aux ambitions affichées –, révèle une typologie classique de l'hôtel particulier parisien naissant. La façade sur rue, qui a conservé son élévation d'origine, présente une certaine retenue, rompant avec l'exubérance décorative qui caractérise parfois les hôtels de la génération précédente. Le portail, encadré avec une discipline toute classique par des pilastres, probablement d'ordre dorique ou ionique, dénote une recherche de gravité. La frise, ornée de triglyphes et d'attributs guerriers, apporte une touche de robustesse et une allusion aux vertus chevaleresques, un clin d'œil discret aux prétentions de son commanditaire, tempérées par une exécution somme toute conventionnelle. Les monogrammes originels, OLB pour Octavien Le Bys et MAD pour Marie d'Aluymare, s'y inscrivent encore, vestiges d'une appropriation initiale, muets témoins de l'éphémérité des fortunes privées face à la pérennité de la pierre. Ils rappellent la vanité des marques personnelles, souvent supplantées par l'histoire collective ou les contingences financières. L'intérieur, comme il se devait pour un hôtel de cette envergure, révélait une autre échelle. Le « bel escalier », élément central de la distribution et de la représentation sociale, servait sans doute de point focal à l'arrivée, conduisant les visiteurs vers des appartements d'apparat. Sa conception, bien que non détaillée, était inévitablement pensée pour la mise en scène du rang social. La conservation d'un plafond à poutres et solives du XVIIe siècle offre une rare fenêtre sur l'esthétique intérieure de l'époque, dénuée des artifices rococo ultérieurs, privilégiant une franchise structurelle qui n'excluait pas, bien au contraire, une ornementation peinte ou sculptée sur les bois. L'histoire du lieu offre une anecdote instructive sur les compromis financiers et les aléas de l'ascension sociale. La faillite d'Octavien Lebys de la Chapelle, le commanditaire initial, est une illustration crue des risques inhérents à de tels projets d'envergure. L'hôtel passa ainsi aux mains de l'un de ses créanciers, Louis Le Peletier de Souzy, un trésorier au bureau général des finances de Grenoble. Cette transition de propriété, dictée par la nécessité économique, est un refrain familier dans l'histoire des hôtels particuliers parisiens, où l'ambition d'un bâtisseur se heurtait parfois aux réalités des liquidités, laissant le soin à d'autres de jouir du prestige édifié. L'hôtel Le Pelletier de Souzy, inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques depuis 1982, n'est peut-être pas une icône architecturale majeure, mais il demeure un document précieux, une stratigraphie en pierre des aspirations et des contraintes d'une époque.