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Fonderie de canons

Fonderie de canons

31 rue de la Fonderie, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

La Fonderie de canons de Toulouse, un édifice dont le nom évoque une activité résolument martiale, dissimule sous ses briques l'épaisseur des siècles et la versatilité des usages. Avant d'embrasser la production d'armements, ce site fut, dès le XIVe siècle, le paisible enclos des Clarisses du Salin, une congrégation qui, après les vicissitudes de la Guerre de Cent Ans, obtint le privilège insigne de se réimplanter intra-muros en 1352. Les Papes, Innocent VI et Grégoire XI, contribuèrent même à la reconstruction de leur couvent, soulignant l'importance de l'établissement à l'époque. C'est l'onde de choc révolutionnaire qui, en 1793, transforma ces lieux de recueillement en un bien national, destiné à des usages plus prosaïques et, à vrai dire, plus pressants. Face aux impératifs militaires de la Convention nationale, soucieuse d'équiper l'Armée des Pyrénées, la décision fut prise d'y installer un arsenal. Après plusieurs tentatives infructueuses d'établissement de la fonderie dans diverses églises toulousaines, le comité de défense générale se tourna vers un homme d'expérience, Dupont de Rochefort, dont l'ascendance même, neveu du commissaire général des fontes à l'arsenal de Paris, Pierre Gor, créateur de la statue équestre de Louis XV, lui conférait une certaine légitimité. C'est lui qui reconnut l'avantage stratégique de l'ancien couvent Sainte-Claire, judicieusement positionné à proximité du canal de fuite du moulin du château, offrant ainsi la force motrice nécessaire aux foreries. L'ingénieur Jean Abadie, figure de l'industrie naissante, y conçut une organisation méthodique, faisant de ce lieu un centre névralgique pour la production de canons, ensuite géré par les entrepreneurs Bertha et Lehodry. La paix revenue, l'ingéniosité d'Abadie se manifesta à nouveau par la création d'un laminoir et de martinets pour le cuivre, diversifiant l'activité vers la marine. Sous la direction d'Adolphe Mather en 1816, la fonderie atteignit son apogée industrielle, intégrant des foreries horizontales d'une conception avancée. L'architecture de cette période, faite de brique, de béton et d'enduit, n'est pas sans évoquer une esthétique purement fonctionnelle, pragmatique, dédiée à l'efficacité de la production, avec ses cheminées, fours et rampes d'accès pour trinqueballes, dont les vestiges sont aujourd'hui classés. Le site fut finalement démantelé en 1866, son rôle historique accompli. Acquis par l'Institut catholique de Toulouse en 1879, il connut une nouvelle métamorphose, intégrant des salles d'exposition et des espaces d'enseignement. L'on y découvre aujourd'hui, curieusement insérée dans l'épaisseur de ces murs, une partie substantielle d'un rempart antique du IIIe siècle, un vestige romain classé qui rappelle la profondeur historique insoupçonnée du sol toulousain. Le contraste est frappant entre cette histoire industrielle et religieuse et la présence, dans une salle, d'une fresque monumentale de Marcel Lenoir, Le couronnement de la Vierge, peinte entre 1920 et 1923. Cet ajout, tout comme la composition du XVIIIe siècle ornant l'entrée de l'Institut, souligne la capacité de ces édifices à être sans cesse réinterprétés, à absorber de nouvelles fonctions et de nouvelles significations, témoignage silencieux de la pérennité et de la plasticité de l'architecture urbaine face aux évolutions de la cité.