23 rue Jean-Goujon, Paris 8e
Érigée sur l'emplacement précis du funeste Bazar de la Charité, la chapelle Notre-Dame-de-Consolation, sise rue Jean-Goujon, se présente moins comme un simple édifice de culte que comme un monument expiatoire, un sarcophage urbain dédié aux plus de cent vingt âmes périssant dans l'incendie tragique de mai 1897. Sa genèse, rapide et déterminée, vit la première pierre posée un an jour pour jour après la catastrophe, pour une inauguration en 1900, une célérité qui témoigne de l'onde de choc sociale provoquée par l'événement, touchant jusqu'à la duchesse d'Alençon, sœur de l'impératrice Élisabeth d'Autriche. L'architecte Albert Guilbert, dont l'œuvre fut couronnée d'une médaille d'or à l'Exposition universelle de la même année, s'inscrit pleinement dans le courant académique de son temps, où la grandiloquence mesurée servait volontiers la mémoire et le sacré. L'édifice est remarquable par son agencement. Son frontispice, sobrement orné, intègre dans sa voussure deux figures emblématiques – la Charité et la Foi – flanquées d'une dédicace lapidaire et d'une exhortation paulienne, inscrivant d'emblée l'ensemble dans une rhétorique de la souffrance et de l'espérance. Mais c'est le dispositif périphérique qui capte l'attention critique : un couloir ceinturant la chapelle, y compris l'abside, transformé en un chemin de croix didactique. Ce chemin, ponctué de sculptures mortuaires dédiées individuellement aux victimes, crée une dialectique singulière entre le plein et le vide, l'espace liturgique central et le périmètre déambulatoire du souvenir. Le visiteur est ainsi invité à une méditation processionnelle, une sorte de reliquaire des absents où chaque station est un arrêt devant l'évocation d'une vie fauchée. Cet enveloppement formel, plus qu'un simple passage, est un acte architectural, une matérialisation de la litanie des disparus. À l'intérieur, la nef, prévue pour cent cinquante âmes, et la crypte, pouvant en accueillir le double, sont aménagées avec une solennité digne de leur fonction mémorielle. Les ornements sculpturaux de Louis-Auguste Hiolin, les vitraux d'Henri Carot – dont ceux de l'Assomption et de la Vierge de Pitié – et la fresque de la coupole par Albert Maignan et Henri Zo, ornée de la colombe de l'Esprit Saint, concourent tous à créer une atmosphère de recueillement intense. La présence d'urnes cénotaphes ceignant le chœur et la nef parachève cette transformation du lieu de culte en un mausolée collectif, une chambre du souvenir où la pierre se fait le témoin silencieux d'une tragédie toujours vive. Le site, après diverses affectations cultuelles au cours du XXe siècle, fut classé aux monuments historiques en 1982, signe d'une reconnaissance patrimoniale qui transcende son rôle initial, le confirmant comme un témoignage architectural poignant d'un drame national et d'une réponse artistique à la douleur collective.