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Fontaine Saint-Cande

Fontaine Saint-Cande

24 Rue aux Ours, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

À Rouen, rue aux Ours, la fontaine Saint-Cande se présente comme un modeste mais révélateur jalon de l'urbanisme du début du XVIIIe siècle. Érigée en 1709, elle témoigne, par sa situation initiale contre le mur d'un cimetière paroissial disparu, d'une intégration pragmatique au tissu urbain, là où l'espace disponible permettait l'adduction d'eau. L'ouvrage, conçu par Nicolas Le Carpentier, fut inauguré, avec l'exactitude bureaucratique coutumière de l'époque, le 31 août de cette année-là. Cette structure en pierre, que la source Gaalor alimentait jadis, n'était point alors un simple élément décoratif mais un point d'approvisionnement vital. On nous assure même que l'eau y jaillissait à flots, une observation qui, par contraste, suggère son débit actuel fort modeste, voire absent. L'architecture se révèle dans un style classique tardif, avec un fronton cintré qui coiffe l'ensemble, surmonté d'un vase et de deux dauphins, éléments dont l'état de conservation, rapporté comme « mauvais », invite à une certaine mélancolie. Le tympan arbore un écusson, restauré dit-on, encadré de rameaux, figure héraldique courante pour signaler la propriété ou le patronage civique. Sous ces ornements, une plaque de marbre noir offre une minutieuse épigraphie, un véritable procès-verbal en pierre. Elle énumère avec une précision administrative d'un autre âge les dignitaires responsables de cette entreprise : le règne de Louis Le Grand, le maire, les échevins, le procureur du roi, le greffier et le receveur, sans oublier Nicolas Le Carpentier, humblement désigné comme « maître de l'ouvrage ». Cette inscription, d'une longueur notable pour un tel monument d'utilité publique, en dit long sur la hiérarchie et la vanité des édiles du temps, soucieux de laisser leur empreinte au millésime MDCCIX. Restaurée en 1924 par les soins d'Alphonse Guilloux et Rose – une marque d'attention relativement tardive – et classée monument historique en 1939, la fontaine Saint-Cande survit aujourd'hui plus comme un vestige historique qu'une œuvre d'art majeure ou un équipement fonctionnel. Elle offre, finalement, un rappel salutaire de la modestie des origines de nos conforts urbains contemporains.