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Hôtel Gaillard

Hôtel Gaillard

1 place du Général-Catroux, Paris 17e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Gaillard, édifié entre 1878 et 1882 par Jules Février, s'impose place du Général-Catroux comme une évocation manifeste, sinon une réinterprétation quelque peu théâtrale, des fastes architecturaux de la Renaissance française. Cette référence aux châteaux ligériens, de Blois à Gien, n'est pas fortuite ; elle fut commanditée par un banquier, Émile Gaillard, dont la fortune et le goût éclectique pour l'art médiéval et de la Renaissance exigeaient un écrin à la mesure de ses collections pléthoriques. Il ne s'agissait pas tant de créer une innovation formelle que de bâtir un simulacre historique, un décor somptueux, à grand renfort de brique et de pierre, pour le plaisir d'un collectionneur éclairé qui fut aussi élève de Chopin. Il est à noter que Gaillard était un homme d'une sensibilité culturelle rare pour un financier, Chopin lui ayant dédié l'une de ses mazurkas. Une anecdote révélatrice du faste de l'époque fut le bal costumé de 1885, où plus de deux mille âmes déambulaient dans l'hôtel, son propriétaire lui-même paré d'un costume d'Henri II, illustrant la fonction ostentatoire de ces demeures. La Semaine des constructeurs, en 1882, reconnaissait d'ailleurs à Février une « recomposition originale et personnelle », au-delà de la simple copie. L'édifice, initialement conçu en U, avec son corps de logis principal et ses ailes en retour, affichait une monumentalité propre à ces hôtels particuliers de la Plaine Monceau, où la nouvelle bourgeoisie parisienne cherchait à asseoir sa légitimité par l'emprunt de codes aristocratiques. L'ornementation riche et détaillée, les proportions, tout concourait à magnifier les œuvres d'art qu'il devait abriter, transformant l'architecture en un écrin plus qu'en une expression autonome. La mort du commanditaire marqua le début d'une nouvelle ère pour l'Hôtel Gaillard, qui, après la dispersion de ses trésors lors d'une vente aux enchères retentissante en 1904, fut finalement acquis en 1919 par la Banque de France. Cette transition, de la demeure privée au temple de la finance, nécessita une adaptation drastique. Alphonse Defrasse, architecte de la Banque, supervisa entre 1920 et 1922 une transformation significative : l'intégration d'hôtels contigus, la construction d'un nouveau bâtiment dans la cour pour abriter un grand hall et une salle des coffres. L'élégance décorative de Jansen vint parachever un intérieur désormais au service d'une fonction publique et sécurisée, altérant la dialectique originelle entre espace intime de collection et espace de représentation. Le destin de cet édifice classé, qui ferma sa succursale en 2006, connut un ultime rebondissement avec sa reconversion en Cité de l'Économie, inaugurée en 2019. Ce projet, porté par la Banque de France malgré quelques polémiques quant à son coût et les propositions alternatives, comme celle du « Centre Dumas », est l'œuvre des Ateliers Lion pour l'architecture et de l'Agence Explosition pour la muséographie. Il s'agissait là de concilier la majesté du patrimoine architectural avec les impératifs de la didactique moderne, un exercice délicat entre la nécessité de préserver l'enveloppe historique et celle de la rendre pertinente pour une nouvelle vocation. L'Hôtel Gaillard, de demeure ostentatoire à succursale bancaire, puis à musée didactique, incarne ainsi les métamorphoses successives des usages et des valeurs attribuées au bâti parisien, où l'éclat passé doit sans cesse se justifier face aux exigences contemporaines.