42 montée Saint-Barthélémy, 5e arrondissement, Lyon
Perchée sur les pentes lyonnaises, la Maison de la Bréda, ultérieurement baptisée Lorette, se révèle comme une stratification architecturale des plus éloquentes. Érigée vers 1520 par Pierre Burbenon, lieutenant général en la sénéchaussée de Lyon, sur les vestiges d'une structure antérieure du XIVe siècle, cette demeure fut initialement conçue comme une maison des champs, un lieu de plaisance dont la position en belvédère offrait, et offre toujours, une vue imprenable sur la cité. Cette orientation n'était pas fortuite, elle répondait à une esthétique de l'agrément et à une recherche d'ouverture sur le paysage, caractéristique des demeures patriciennes de la première Renaissance. Les aménagements d'origine, encore perceptibles, arborent des plafonds à couvre-joints, témoignage d'une maîtrise artisanale raffinée de la menuiserie, et des ouvertures dont la modénature discrète révèle une élégance proportionnée. L'édifice a connu des extensions notables au XVIIIe siècle, altérant sans doute sa silhouette originelle sans en effacer l'essence. Cependant, c'est l'acquisition par Pauline Jaricot en 1832 qui opéra la transformation la plus profonde de sa vocation. Renommée Lorette, en souvenir d'un pèlerinage italien, la maison devint le creuset de ses œuvres de la Propagation de la Foi et du Rosaire Vivant. Elle y infusa une nouvelle spiritualité, loin de l'esprit bucolique initial. Cet ancrage dans le sacré fut matérialisé par l'édification d'une chapelle dédiée à Sainte Philomène en 1839, suite à une guérison attribuée à la sainte. Cette chapelle, avec sa châsse abritant les ossements d'un prêtre martyr vietnamien, illustre la portée universelle que Pauline Jaricot entendait donner à son action missionnaire. Elle fit également aménager un escalier, aujourd'hui la montée Cardinal Louis-Marie Billé, reliant symboliquement sa demeure à la basilique de Fourvière, renforçant ainsi l'intégration de la maison au cœur spirituel de Lyon. Après son décès en ces lieux en 1862, la propriété fut finalement rachetée en 1975 par les Œuvres Pontificales Missionnaires. Une restauration d'envergure, menée entre 2002 et 2005 sous la direction de Didier Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques, a permis de consolider et de révéler les différentes strates historiques de l'édifice. Cette intervention a notamment mis en lumière la valeur patrimoniale de cette demeure, reconnue par un classement aux Monuments Historiques en 2004. Ce statut souligne son importance comme ultime témoin de ces maisons collines de la fin du XVe et début du XVIe siècle, dont le nombre n'a cessé de décroître. La Maison de Lorette incarne ainsi une dualité : celle d'une villégiature de prestige transformée en un foyer de foi intense, et celle d'un objet architectural qui, au-delà de sa fonction, témoigne de l'évolution des mœurs et de la spiritualité lyonnaise. Elle continue d'accueillir, sous l'égide des sœurs de la Famille Missionnaire de Notre-Dame, des événements culturels et des moments de recueillement, prouvant la résilience de l'architecture face aux aléas de l'histoire et des usages.