7, rue du Landy 93, rue Maître, Clichy
Le Pavillon de Vendôme, à Clichy, offre une illustration éloquente, si ce n'est singulière, des caprices de la propriété et des ambitions décoratives qui pouvaient animer les marges de la cour royale à la fin du XVIIe siècle. Ce qui débuta comme une simple possession d'un banquier parisien, Jean Delaunay, se mua en une demeure d'agrément dont le destin est intimement lié à l'ascension sociale et artistique de ses occupants successifs. L'édifice accède véritablement à la distinction sous l'égide de Philippe de Vendôme. Grand prieur de France et arrière-petit-fils d'Henri IV, il n'hésita pas, pour sa maîtresse la chanteuse Françoise Moreau de l'Académie royale de musique, à confier l'embellissement du lieu à des mains expertes. Si la paternité de Jules Hardouin-Mansart sur l'architecture générale demeure conjecturale selon les sources, l'attribution, même prudente, à un maître d'une telle envergure confère d'emblée une ambition stylistique à ce qui aurait pu n'être qu'une coquette bâtisse. On y devine l'empreinte d'une certaine rigueur classique, tempérée par l'opulence baroque attendue d'une maison de plaisance. Les aménagements intérieurs témoignent d'une recherche du faste caractéristique de l'époque. Jean-Baptiste Poultier, sculpteur émérite, fut chargé des frontons et des mascarons, ces ornements facétieux qui ponctuent les façades et participent à l'animation du "plein" architectural. À l'intérieur, le salon se parait des œuvres du peintre Claude III Audran, dont les plafonds peints et les décors dorés devaient créer une atmosphère d'illusion et de magnificence. Des œuvres de Desportes et Blin de Fontenay, maîtres reconnus de la peinture d'animaux et de fleurs, venaient compléter cet écrin, offrant des pauses visuelles et un certain raffinement à ces espaces privés. Il est assez piquant de constater que ce grand prieur, homme d'Église au titre élevé, ait déployé de tels moyens pour sa liaison, transformant une modeste propriété en un lieu de réception et de divertissement, illustrant les mœurs parfois contrastées de l'aristocratie. L'acquisition ultérieure par Louis Armand de Bourbon, prince de Conti, confirma cette vocation de somptueux lieu de villégiature, chaque nouveau propriétaire y apportant sa pierre à l'édifice, littéralement, et financièrement. Le temps, cependant, n'épargna pas totalement l'intégrité de l'ensemble. Les aménagements urbains du XIXe siècle entraînèrent la destruction d'une galerie prolongeant le bâtiment, une perte significative qui altéra la composition originelle. La pragmatique réaffectation au XXe siècle en "patronage du Landy" témoigne d'une certaine ironie du destin, un lieu d'agrément mondain servant désormais des œuvres sociales. Fort heureusement, la redécouverte de documents par l'historien Rodolphe Trouilleux permit une juste reconnaissance de son importance patrimoniale, culminant par son classement au titre des monuments historiques en 1983. Aujourd'hui restauré et abritant un centre d'art contemporain, il continue, sous une forme différente, à offrir un espace de contemplation, fusionnant l'écho d'un passé décoratif avec les expressions artistiques du présent.