Nointel
L'histoire architecturale du Château de Nointel s'inaugure non par une fantaisie seigneuriale immémoriale, mais par une acquisition somme toute pragmatique au XVIIe siècle, celle de Jean Ier de Turmenyes, garde du Trésor royal. Cet homme de finances, en 1679, ne se contente pas d'un simple domaine rural ; il commande un manifeste de pierre et d'eau. La composition initiale, confiée à un architecte formé dans le sillage de Jules Hardouin-Mansart, dénotait une certaine orthodoxie classique. L'édifice, long de quarante-huit mètres pour neuf de large, s'élevait d'un seul étage, déclinant des pièces en enfilade, une disposition fonctionnelle et sobre dont l'austérité première fut cependant rapidement compensée par une ambition paysagère. Le véritable éclat de cette première phase résidait en effet moins dans l'édifice lui-même que dans la chorégraphie aquatique de ses jardins à la française. Un colossal bassin de quatre mille mètres cubes, judicieusement nommé le « bassin du Mississippi », alimentait une vingtaine de fontaines, exploitant un dénivelé de soixante-cinq mètres. Cette machinerie hydraulique, mise en service vers 1720, fut jugée par certains observateurs d'alors comparable en magnificence à celles des maisons royales, une prétention non négligeable pour un domaine privé. L'ascension vers ce réservoir s'opérait par quatre-vingt-sept marches monumentales, couronnées par une statue de la Comédie, attribuée avec prudence à l'atelier de Coysevox. Le rachat par le prince de Conti en 1748, intéressé avant tout par l'extension de ses terres de chasse, fut bref, le château étant promptement cédé au fermier général Pierre-François Bergeret. Sous sa tenure, les sommes déversées furent sans doute plus ostentatoires que réellement constructives, l'édifice servant de cadre à de somptueuses fêtes, comme en attestent les descriptions de Dezallier d'Argenville, soulignant l'importance des avenues, bosquets et parterres. Il revint à Monsieur Ribault, à la fin du XVIIIe siècle, d'apposer une empreinte architecturale plus substantielle. L'édifice, auparavant horizontal et relativement discret, gagna en verticalité avec l'ajout d'un étage. Cette surélévation, doublée du déplacement des balustrades initialement masquant la toiture vers la cour d'honneur, modifia de manière décisive l'équilibre des masses. Parallèlement, le jardin à la française, dont la rigueur géométrique semblait désormais surannée, fut converti en jardin à l'anglaise, un témoignage éloquent des caprices de la mode et d'une esthétique en pleine mutation, privilégiant l'illusion de la nature sauvage au classicisme ordonné. C'est là une constante dans l'histoire des domaines : une surenchère stylistique qui, souvent, efface sans scrupule les strates antérieures. Plus récemment, après une longue période de stabilité sous les familles Béjot et Fauchier-Magnan, l'initiative du prince Joachim Murat, visant à transformer le lieu en un centre d'art contemporain, si elle fut audacieuse, s'est heurtée à la dure réalité des contraintes financières, échouant avec une certaine prévisibilité. Le château de Nointel, classé monument historique depuis 1987, demeure ainsi une illustration de ces fortunes architecturales, où l'ambition initiale se confronte aux remaniements successifs et aux réalités économiques, chaque époque y inscrivant sa vision, souvent éphémère.