Rue Foch, Montpellier
L'Arc de triomphe de Montpellier, érigé en mille-six-cent-quatre-vingt-onze, se présente comme une manifestation classique de la puissance monarchique, bien qu'il n'ait pas l'originalité de son illustre modèle parisien, la Porte Saint-Martin. Conçu par Augustin-Charles d'Aviler, architecte de la province du Languedoc, d'après les dessins de François d'Orbay, il constitue une porte d'apparat monumentale, un seuil glorifiant l'accès au panégyrique équestre de Louis quatorze sur la promenade du Peyrou. Ce monument, implanté sur l'un des points les plus élevés de la ville à une altitude de cinquante-deux mètres, remplaça un dispositif défensif plus prosaïque : un pont-levis franchissant les fossés des anciens remparts. Sa construction, d'un coût de onze mille huit cent cinquante livres, témoigne d'une volonté d'affirmation royale jusque dans ses moindres détails. Mesurant quinze mètres de hauteur et dix-huit mètres de largeur, avec un portique offrant une ouverture de quatre virgule soixante-dix mètres pour sept mètres de hauteur, il ne peut rivaliser en grandeur avec l'arc parisien, mais sa composition, rigoureuse, utilise des pierres extraites des garrigues environnantes, offrant une palette de matériaux locaux et modestes. Les quatre bas-reliefs, œuvre de Philippe Bertrand en mille-six-cent-quatre-vingt-quatorze, s'inscrivent dans une iconographie résolument propagandiste. Côté ville, ils célèbrent la jonction des deux mers par le canal royal de Languedoc et, de manière plus équivoque, la destruction de l'hérésie. Côté campagne, ils évoquent les victoires militaires du souverain. Cette dernière allégorie, en particulier, renvoie sans fard à la révocation de l'Édit de Nantes en mille-six-cent-quatre-vingt-cinq, un acte qui, loin d'être une victoire morale, marqua une période de persécution religieuse et d'exil forcé. Il est toujours instructif de constater comment la pierre pérennise une version officielle des événements, parfois au détriment de l'histoire complexe et douloureuse. L'inscription latine qui y figure, "Louis le Grand, dont le règne dura soixante-douze ans, a apporté la paix sur terre et sur mer après avoir séparé, contenu et s'être attaché à des peuples alliés dans une guerre de quarante années", est datée de mille-sept-cent-quinze. Elle résume l'image que le monarque souhaitait laisser à la postérité, une image de puissance et de pacification, omettant les coûts humains et sociaux de cette grandeur auto-proclamée. L'édifice, classé monument historique en mille-neuf-cent-cinquante-quatre avec la promenade du Peyrou, demeure un témoignage éloquent de l'art de la glorification monarchique à la française, une pièce architecturale plus narrative que véritablement innovante, fidèle à son rôle de porte d'entrée vers la louange royale.