3 rue d'Antin, Paris 2e
Le quartier de la place Vendôme, s'érigeant alors en témoignage de la spéculation immobilière du début du XVIIIe siècle, vit s'élever, entre 1715 et 1723, cette vaste bâtisse que l'on nomme aujourd'hui l'Hôtel de Mondragon. Commandité par un Pierre Etienne Bourgeois de Boynes, trésorier général de la Banque royale – une fonction éloquente quant aux ambitions de l'époque –, l'édifice, dont l'architecte est resté dans une discrète anonymie, traduisait une certaine ordonnance classique, tempérée par les grâces naissantes du style Régence. Son emprise foncière, initialement considérable, épousait les contraintes d'un urbanisme en pleine maturation, s'étendant bien au-delà de l'actuelle rue d'Antin pour dessiner les contours d'un îlot de prestige. Il ne fut, à l'évidence, pas conçu pour l'exubérance extérieure, mais plutôt pour la magnificence feutrée de ses espaces intérieurs. La Révolution, période si féconde en bouleversements des usages et des fortunes, n'épargna point cette demeure. Les glaces, éléments décoratifs et fonctionnels de premier ordre, furent sans cérémonie transférées au château de Saint-Cloud, prélude à une confiscation plus radicale. L'hôtel, dépossédé du marquis de Mondragon, se mua en hôtel de ville du 2e arrondissement, un sort commun à nombre d'hôtels particuliers de l'époque, recyclés en rouages administratifs de la jeune République. C'est en ces murs, devenus le théâtre d'une prosaïque bureaucratie, que Napoléon Bonaparte, le 9 mars 1796, contracta mariage avec Joséphine de Beauharnais, en présence de figures telles que Barras et Tallien, conférant ainsi une aura romanesque et historique, bien que fortuite, à cette salle de célébration. L'original de l'acte, faut-il le préciser, ne survécut pas aux incendies de la Commune de 1871, mais une copie, témoin fragile de l'Histoire, demeure. Le retour à la famille de Mondragon lors de la Restauration, en 1815, n'empêcha pas l'édifice de conserver sa fonction municipale contre le versement d'un loyer, un compromis pragmatique pour une architecture ayant prouvé son adaptabilité. Le passage, en 1869, à la Banque de Paris et des Pays-Bas marque une nouvelle ère, celle de la financiarisation de ces élégantes architectures. L'hôtel, désormais siège d'une institution bancaire, s'adaptait, non sans une certaine ironie, aux nécessités du capitalisme triomphant. Le salon du mariage, métamorphosé en bureau du président, conserve encore des traces d'un rocaille maîtrisé : boiseries blanches rehaussées d'or, stucs allégoriques symbolisant les éléments, trumeaux attribués aux pinceaux de Noël Coypel et de Sébastien II Le Clerc. Cette persistance d'un décor du XVIIIe siècle au cœur d'un centre de décision financier du XIXe et XXe siècles illustre la capacité des architectures d'exception à intégrer des usages parfois antagonistes à leur vocation première, tout en conservant une part de leur substance. L'inscription aux monuments historiques en 1926 vint sceller la reconnaissance tardive d'une pérennité fonctionnelle et esthétique, faisant de l'Hôtel de Mondragon un témoin discret, mais éloquent, des métamorphoses parisiennes.