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Église Saint-Nicolas-et-Saint-Marc

Église Saint-Nicolas-et-Saint-Marc

Place Charles-de-Gaulle4,rue de Sèvres, Ville-d'Avray

L'Envolée de l'Architecte

La démolition de facto d'une église médiévale, jugée sans doute trop vétuste pour l'esthétique du Siècle des Lumières, et la pose de la première pierre de l'édifice actuel, le 11 juillet 1789, confèrent à l'église Saint-Nicolas-et-Saint-Marc de Ville-d'Avray une genèse singulièrement paradoxale. Conçue sous l'égide de l'intendant Thierry de Ville d'Avray et dessinée par l'architecte Darnaudin, cette église s'inscrit pleinement dans le style néo-classique alors en vogue, précisément au moment où les fondements de l'Ancien Régime, dont elle est une émanation stylistique et financée, s'effondrent spectaculairement. Il est plutôt piquant de constater qu'une telle construction ait pu émerger à l'aube d'une révolution qui prônait d'autres formes de rupture. Sa singularité, rare en France, de s'être élevée durant la tourmente révolutionnaire, en fait un vestige d'une persévérance architecturale inattendue. La façade, d'une simplicité volontaire, est rythmée par un porche sobre, flanqué de lignes de refends qui apportent une texture discrète sans exubérance ornementale. L'ensemble est couronné d'un fronton triangulaire, motif classique par excellence, abritant avec une modestie presque ironique une horloge, tandis qu'un clocher carré, d'une élévation contenue, se dresse latéralement. Il y a là une aspiration à l'ordre et à la clarté qui contraste avec la fureur politique ambiante. Son histoire révolutionnaire est, elle, éloquente. Consacrée en 1791 par un prêtre constitutionnel – un compromis précaire –, elle fut promptement transformée en temple de la Raison en 1793, avant de retrouver sa vocation cultuelle dès 1795. Cette capacité à muer, à changer de fonction au gré des vents politiques, souligne la malléabilité d'un édifice dont la forme, somme toute, pouvait s'adapter à diverses idéologies, pourvu qu'elle fût ordonnée. Les restaurations ultérieures, notamment celle de Poirot en 1830, attestent d'une volonté de pérennisation et d'une reconnaissance de son statut patrimonial, officialisée en 1934 par son inscription aux Monuments Historiques. L'intérieur, plus tardivement restauré entre 1971 et 1993, réserve quelques pièces d'un intérêt certain. Au-delà des sculptures de Pradier et de la copie du « Baptême du Christ » de Rude — dont l'original orne l'église de la Madeleine à Paris, un comparatif qui n'est pas sans cruauté pour la modeste église de Ville-d'Avray —, c'est la présence précoce de Jean-Baptiste Camille Corot qui retient l'attention. Ses petites fresques, discrètement placées dans les chapelles du chœur, et un grand tableau de jeunesse de 1837, « Saint Jérôme dans le désert », offrent un aperçu rare de l'œuvre religieuse d'un peintre dont la postérité se souvient surtout des paysages. Cet ensemble pictural, classé dès 1928, confère à l'édifice une profondeur artistique qui dépasse de loin son architecture somme toute conventionnelle. L'église de Ville-d'Avray se révèle ainsi moins par sa monumentalité que par la stratification de son histoire et la discrétion de ses trésors. Elle est, en somme, un condensé d'histoire française, de compromis stylistiques et de cohabitations artistiques inattendues.